Découvrir
Qui est Jésus ? Ce que disent les Évangiles
Un jour, sur la route de Césarée de Philippe, Jésus demande à ses disciples ce que les gens disent de lui. Les réponses fusent : un prophète, Jean-Baptiste revenu, Élie. Puis il se tourne vers eux :
« Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Simon Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » (Matthieu 16, 15-16)
Deux mille ans plus tard, la question n'a rien perdu de son tranchant. Presque tout le monde respecte Jésus. Le Coran lui-même lui donne des titres qu'il ne donne à aucun autre : le Messie, la Parole de Dieu (sourate 4, verset 171). Mais respecter Jésus et savoir qui il est, ce n'est pas la même chose.
Un homme de l'histoire
Commençons par le terrain le plus ferme. Que Jésus de Nazareth ait existé n'est pas sérieusement contesté par les historiens, croyants ou non. L'historien romain Tacite, qui n'avait aucune sympathie pour les chrétiens, mentionne vers l'an 116 que le « Christ » dont ils tirent leur nom fut exécuté sous le règne de Tibère par le procurateur Ponce Pilate. L'historien juif Flavius Josèphe, à la fin du Iᵉʳ siècle, évoque Jacques, « frère de Jésus appelé Christ ».
Les sources les plus anciennes restent cependant chrétiennes, et elles sont remarquablement proches des événements. Les lettres de Paul datent des années 50. Dans l'une d'elles, il cite une formule qu'il a lui-même reçue, sans doute dans les premières années après la crucifixion :
« Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; il a été enseveli, et il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. » (1 Corinthiens 15, 3-4)
Paul ajoute que le Christ ressuscité est apparu à plus de cinq cents personnes, dont la plupart, précise-t-il, sont encore vivantes. Autrement dit : allez leur demander. Les Évangiles, eux, ont été rédigés alors que les témoins oculaires vivaient encore. Ce ne sont pas des légendes nées des siècles plus tard, mais des témoignages écrits dans la mémoire vive d'une génération.
Un homme qui parle comme Dieu
Ce qui frappe en lisant les Évangiles, ce n'est pas seulement l'enseignement de Jésus, c'est ce qu'il dit de lui-même. Quand on lui amène un paralysé, il commence par lui dire : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. » Les spécialistes de la Loi présents comprennent aussitôt l'enjeu : « Qui peut pardonner les péchés, si ce n'est Dieu seul ? » (Marc 2, 5-7). Ils ont raison sur le principe. Ils se trompent seulement sur celui qui leur parle.
Plus tard, dans une discussion sur Abraham, Jésus déclare : « Avant qu'Abraham fût, je suis » (Jean 8, 58). Pour une oreille juive, l'expression renvoie au nom même que Dieu révéla à Moïse dans le buisson ardent : « Je suis celui qui suis » (Exode 3, 14). Ses auditeurs ne s'y trompent pas : ils ramassent des pierres.
Il faut mesurer l'audace de tout cela. Le peuple juif du Iᵉʳ siècle était le plus farouchement monothéiste de l'Antiquité. Chaque jour, il proclamait qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Et c'est précisément au sein de ce peuple, chez des Juifs pieux, que l'on se met très tôt à prier Jésus, à chanter des hymnes au Christ, à lui appliquer les textes de l'Ancien Testament qui parlaient du Seigneur. Après la résurrection, l'apôtre Thomas, le sceptique du groupe, tombe à genoux : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jean 20, 28). Jésus ne le reprend pas.
Le dilemme du « simple sage »
On aimerait parfois s'en tenir à un Jésus maître de sagesse, admirable mais sans prétention divine. Le problème, c'est que les textes ne nous laissent pas cette option. Un homme qui pardonne les péchés commis contre d'autres, qui accepte d'être adoré et qui se présente comme le juge final de l'humanité n'est pas simplement un grand sage. Soit il se trompe gravement sur lui-même, soit il trompe les autres, soit il dit vrai. L'écrivain C. S. Lewis a rendu célèbre ce raisonnement au XXᵉ siècle : la seule position qui ne tienne pas, c'est celle du gentil professeur de morale.
Blaise Pascal, trois siècles plus tôt, allait plus loin encore. Pour lui, Jésus n'est pas seulement la clé pour connaître Dieu, il est aussi la clé pour nous connaître nous-mêmes. Il écrit dans ses Pensées : « Non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus-Christ, mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par Jésus-Christ. » En lui, nous voyons à la fois notre grandeur, celle d'êtres aimés de Dieu, et notre misère, celle d'êtres qui ont besoin d'être sauvés.
Vrai Dieu et vrai homme
Les premiers chrétiens ont dû trouver des mots pour dire ce qu'ils avaient reçu. L'Évangile de Jean l'exprime dès son ouverture : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité » (Jean 1, 14). La Parole éternelle de Dieu n'a pas seulement parlé à travers un prophète : elle est devenue un homme.
Au IVᵉ et au Vᵉ siècle, les grands conciles de l'Église ont précisé cette foi, non pour l'inventer mais pour la protéger des malentendus. À Nicée, en 325, l'Église confesse que le Fils est de même nature que le Père. À Chalcédoine, en 451, elle affirme que le Christ est pleinement Dieu et pleinement homme, deux natures unies en une seule personne, sans confusion ni séparation. Ce n'est pas un compromis : c'est la condition de notre salut. Seul un homme pouvait nous représenter ; seul Dieu pouvait nous sauver.
C'est aussi ce qui éclaire le mystère d'un Dieu unique qui dit « nous » dès les premières pages de la Bible. Le Dieu des Écritures n'est pas solitaire : il est Père, Fils et Saint-Esprit, un seul Dieu, éternellement amour.
Pourquoi est-il venu ?
Jésus a résumé lui-même sa mission :
« Le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. » (Marc 10, 45)
Il n'est pas venu d'abord donner une nouvelle loi, ni fonder une civilisation. Il est venu prendre notre place. Sur la croix, il porte la condamnation qui nous revenait ; au matin de Pâques, il en sort vainqueur. Paul le dit en une phrase : il « a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification » (Romains 4, 25).
Voilà pourquoi la question « Qui est Jésus ? » n'est pas une question de curiosité. Si Jésus n'est qu'un prophète, nous devons encore nous sauver nous-mêmes. S'il est le Fils de Dieu venu nous chercher, le salut est un don :
« C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Éphésiens 2, 8-9)
Lire par soi-même
La meilleure façon de répondre à la question de Jésus reste de le rencontrer dans les textes. Commencez par l'Évangile selon Marc : il est court, vivant, et se lit en une soirée. Lisez-le comme un témoignage, en posant à chaque page la question de Pierre.
Et si vous voulez en parler avec quelqu'un qui a fait ce chemin, Fadou est là pour vous lire et vous répondre, en toute discrétion.
